Uranium nigérien : pourquoi le général Tiani ouvre la porte à de nouvelles négociations avec le groupe français Orano ?
- capivoireinfoconta
- 25 févr.
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Dernière mise à jour : 4 juin
25 février 2026
Après avoir nationalisé en juin 2025 la SOMAIR, la junte nigérienne envisage de restituer une partie du stock produit avant la rupture avec le géant français du nucléaire. Ce geste, en apparence contradictoire au vue du contexte actuel, révèle en réalité une contrainte majeure du marché nucléaire mondial : un uranium juridiquement contesté devient invendable.
Niger – Orano : une nationalisation devenue impasse commerciale
En juin 2025, le Niger a annoncé la nationalisation de l’entreprise SOMAIR (Société des Mines de l’Aïr), dernière filiale d'Orano (ex-Areva) détenue à 63,4% par cette dernière et à 36,6% par la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN). Cette rupture spectaculaire avec son partenaire français marque un tournant majeur dans la relation historique qui structurait l’exploitation de l’uranium dans le pays (1).
Orano, dont le capital est détenu majoritairement par l’État français, a immédiatement contesté cette décision, la qualifiant d’expropriation et saisissant l’arbitrage international. Selon l’entreprise, un tribunal du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a enjoint le Niger de ne pas vendre l’uranium produit avant la nationalisation (2). Cette décision place de facto une partie du stock sous contentieux, l’immobilisant par la même occasion (3).
En effet, dans l’économie nucléaire mondiale, un tel litige suffit à bloquer la commercialisation. Bien stratégique par excellence, l’uranium est encadré par des régimes internationaux stricts en matière de traçabilité et de conformité.
Le « Mad Max Uranium Express » (4) : un stock souverain mais invendable
C’est dans cette impasse que s’inscrit le convoi spectaculaire de yellowcake (5) déplacé fin 2025 depuis les mines d’Arlit vers Niamey. Ce transport, surnommé par certains observateurs le « Mad Max Uranium Express », visait à affirmer la souveraineté de la junte sur la ressource stratégique. Cependant, il a surtout révélé l’isolement commercial du pays.
Le Financial Times décrit environ 1 000 tonnes de concentré d’uranium (6), estimées à près de 240 millions de dollars, restées invendues et devenues l’objet d’une bataille géopolitique et juridique entre Niamey et Orano. La cargaison est aujourd’hui stockée, pour ne pas dire bloquée sur une base aérienne de la capitale, visée le 29 janvier par une attaque djihadiste, mettant en évidence sa vulnérabilité sécuritaire.
Au delà de cette fragilité, son exportation reste problématique. Le Niger, enclavé et en rupture avec le Bénin, devrait acheminer l’uranium par une route terrestre risquée passant par le Burkina Faso et le Togo jusqu’au port de Lomé. Pour plusieurs analystes cités dans l’article, la situation est « intenable » et la seule issue réaliste demeure un accord avec Orano pour sécuriser juridiquement et logistiquement la vente (7).
Restituer l’avant pour vendre l’après
Face à cette impasse, Niamey a annoncé en février 2026 être prêt à restituer à Orano l’uranium produit avant la nationalisation (8). Selon le général Tiani, le stock présent sur le site de la SOMAIR lors du coup d’État du 26 juillet 2023 représenterait environ une centaine de tonnes. De son côté, Orano estime la valeur marchande à près de 300 millions d’euros (9).
La distinction est juridique. La production antérieure reste rattachable aux contrats et à l’actionnariat de la SOMAIR avant la prise de contrôle par l’État. La production postérieure peut, elle, être revendiquée comme nationale. Ainsi, en restituant la première, le Niger cherche à rendre vendable la seconde.
Dans ce cadre, la restitution apparaît comme un calcul de souveraineté économique plutôt qu’un recul politique.
Une souveraineté minière sans chaîne de valeur
Cette crise révèle une limite structurelle des nationalisations extractives. Posséder la mine ne signifie pas maîtriser la filière. L’uranium nigérien était intégré à une chaîne industrielle dominée par Orano, depuis l’extraction à Arlit jusqu’aux circuits internationaux de conversion et d’approvisionnement des centrales nucléaires.
La World Nuclear Association rappelle que les concentrés d’uranium nigériens sont historiquement acheminés via le Bénin puis exportés pour conversion principalement en France, illustrant la dépendance de longue date du pays à des infrastructures et réseaux commerciaux spécifiques (10). La nationalisation a transféré la souveraineté politique sur l’actif, mais pas immédiatement la capacité autonome de commercialisation.
Russie : partenaire politique, solution limitée
Fin 2025, le Niger cherchait à exporter son uranium nationalisé pour financer son budget. Dans ce contexte, la Russie s’est d’abord imposée comme partenaire naturel, Moscou et Niamey ayant signé, le lundi 28 juillet 2025, un mémorandum d’entente dans le domaine du nucléaire civil et de l’exploitation de l’uranium (11). Néanmoins, remplacer Orano s’avère plus complexe que prévu.
Ce rapprochement entre Niamey et Moscou alimente logiquement l’hypothèse d’une solution russe pour l’écoulement du stock d’uranium contesté. Dans le même temps, la présence d’un avion militaire russe à Agadez et l’escale du vraquier Matros Shevchenko au large de Lomé en décembre 2025 ont renforcé l’idée d’un possible appui logistique russe au transport du minerai (12). Selon des sources concordantes, Moscou aurait un temps envisagé de faciliter la sécurisation et l’acheminement de ces stocks. Cependant, toute opération s’est heurtée aux contraintes juridiques et aux risques de sanctions liés au contentieux opposant le Niger à Orano. En parallèle, la Russie dispose d’importantes ressources domestiques et d’un accès privilégié aux gisements kazakhstanais, réduisant l’intérêt stratégique d’un approvisionnement nigérien.
Dans ces conditions, le calcul coût-bénéfice s’est inversé pour Moscou, qui s’est tenue en retrait, au prix d’un coût politique pour Niamey. La Russie peut soutenir la junte sur les plans diplomatique ou sécuritaire. En revanche, elle ne peut aisément absorber, ni « blanchir » un stock d’uranium juridiquement contesté.
Enfin, la restitution envisagée par Niamey ne constitue ni un renoncement ni un retour en arrière. Elle reconnaît implicitement qu’une nationalisation ne peut rétroactivement effacer des droits constitués. Cet épisode illustre une réalité souvent ignorée dans les débats souverainistes : dans les industries stratégiques mondiales, la souveraineté effective commence lorsque la ressource peut être vendue sans contestation.
Au Niger, restituer une partie de l’uranium à Orano vise surtout à restaurer la crédibilité commerciale de l’uranium nigérien et apparaît désormais comme la condition pour monétiser l’avenir de sa filière d’extraction nucléaire.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info
Note de bas de page :
La Société des mines de l'Aïr, nationalisée en juin 2025 par le régime militaire nigérien au détriment du groupe français Orano. Avant la nationalisation, la Somaïr était détenue par Orano (63,4 %) et la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN, 36,6 %).
Le yellowcake désigne le concentré d’uranium obtenu après traitement du minerai qui constitue la forme commerciale standard de l’uranium utilisé pour produire du combustible pour les centrales nucléaires. Il peut également être enrichi davantage pour être utilisé dans les programmes d'armement.
Estimation basse – entre 1 000 et 2 000 tonnes.
https://world-nuclear.org/information-library/country-profiles/countries-g-n/niger



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