Sahel : pourquoi la guerre ne finit pas
- capivoireinfoconta
- 22 juin
- 3 min de lecture
15 juin 2026

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l'insécurité s'installe dans la durée. En 2025, l'ONU a recensé plus de 3 700 incidents sécuritaires et 9 300 morts dans la région. Les recompositions militaires successives, l'arrivée de nouveaux partenaires étrangers et la montée en puissance du JNIM n'ont pas rapproché la paix : ils ont fragmenté les réponses. Analyse d'une région prise en étau.
Un bilan humanitaire qui ne cesse de s'alourdir
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En avril 2026, l'OCHA estimait à 5,8 millions le nombre de personnes déplacées à l'intérieur des trois pays du Sahel central, tandis que 2,6 millions supplémentaires avaient fui vers des pays voisins1.
Sur le plan alimentaire, entre juin et août 2026, 15,4 millions de personnes devraient se trouver en situation de crise ou pire, soit une hausse de 38 % par rapport aux projections de décembre 2025.
En 2025, les groupes armés islamistes ont étendu leur contrôle sur les grands axes routiers, isolant des marchés entiers et pénétrant de plus en plus les zones urbaines2.
JNIM : un groupe qui gouverne autant qu'il combat
Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ne cherche plus seulement à frapper. Il gouverne. Dans les zones où l'État est absent, le groupe perçoit des taxes sur les routes commerciales, arbitre des conflits locaux et contrôle les corridors pastoraux.
À partir de septembre 2025, le JNIM a mis en place un blocus sur les villes de Kayes et Nioro, interdisant les importations de carburant depuis la Côte d'Ivoire, le Sénégal, la Guinée et la Mauritanie.
Cette stratégie d'étranglement économique illustre l'évolution du groupe :
il ne conquiert plus le territoire, il contrôle les flux qui font vivre les populations.⁵
Après la France, la Russie : un changement de doctrine, pas de résultats
Le retrait de l'opération Barkhane n'a pas produit le vide sécuritaire que certains redoutaient : il a produit une fragmentation des réponses. Les forces liées à la Russie et déployées au Mali privilégient les opérations offensives et la protection des régimes en place.
Résultat : les gains tactiques restent temporaires. Les insurgés s'adaptent en se dispersant et en se reconstituant rapidement. Au Niger, la région de Tillabéri est devenue en 2025 la zone la plus meurtrière du Sahel central, selon les données de l'ACLED.
Des organisations humanitaires font état de risques accrus pour les populations civiles dans les régions de Mopti et de Ségou, où les opérations militaires se multiplient.
Une menace aux portes de la Côte d'Ivoire
Pour Abidjan, l'instabilité sahélienne n'est pas une affaire lointaine. Le JNIM s'étend vers le sud : des attaques ont été signalées au Bénin depuis 2021, et le groupe cherche de nouvelles bases à mesure qu'il subit des pressions dans les pays de l'AES (Alliance des États du Sahel)3.
Le blocus des routes maliennes a directement affecté les flux commerciaux ivoiriens vers le Mali. La Côte d'Ivoire, premier exportateur régional d'électricité, voit son rôle de hub économique exposé aux turbulences du Sahel.⁴
Une paix durable exige plus que des armes
L'expérience sahélienne confirme une leçon douloureuse : ni l'engagement des milices étrangères, ni le retrait brutal sans solution de remplacement ne produisent la stabilité.
Ce qu'il manque au Sahel, ce n'est pas davantage de soldats, mais bien une gouvernance locale légitime, des institutions judiciaires fonctionnelles et une coordination régionale réelle.
F. Kouadio
Cap'Ivoire Info / @CapIvoire_Info
note de bas de page
OCHA, « Sahel Dashboard – Humanitarian Overview », 29 avril 2026
Global Centre for the Responsibility to Protect, « Central Sahel », mars 2026
International Crisis Group, Rapport Afrique n°321, « Le JNIM et le dilemme de l'expansion au-delà du Sahel », 20 février 2026



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